«J'avais l'impression que c'était comme un gang : ce n'est pas comme ça que la police devrait se comporter»
Recueilli le 3 août 2026
En juillet, alors qu'Ibrahim (le nom a été changé) marchait dans la zone à proximité du port de Calais, il a été victime de violences perpétrées par un groupe de personnes qu'il identifie rapidement comme des membres des forces de l'ordre. Témoignage recueilli en anglais, sans interprétariat, et traduit en français.
“Ça s’est passé il y a deux semaines : je me promenais simplement, aux environs du port de Calais vers 22h30. Je ne vois pas en quoi se promener dans cette zone serait illégal. Je n'étais pas à l’intérieur du port, ni dans une zone interdite aux passants. Non, j’étais dans la rue. J’étais assis à un arrêt de bus, puis une voiture est arrivée, et ils ont braqué leur lampe sur moi. Une très longue lampe. Puis, ils se sont mis à me poursuivre. C’était terrifiant. Quelqu’un n’arrêtait pas de me crier dessus, et j’ai commencé à courir.
Ils ne portaient pas d’uniformes de police. La voiture qu’ils utilisaient n’était pas un véhicule de police, c’était une sorte de van. Ils se sont mis à me poursuivre en voiture : ils te poursuivent, te poursuivent, jusqu’à ce qu’ils t’attrapent. C’était vraiment violent. Au bout d’un moment, l’un d’eux a ouvert la portière et s’est en quelque sorte jeté sur moi, m’a attrapé et mis dans la voiture.
A aucun moment, ils n’ont essayé de me parler dans une langue que je comprends. Ils criaient beaucoup. Tu ne sais pas ce qu’ils ne disent, ni ce qu’ils essaient de faire. Je ne pense pas qu’ils arrêtent n’importe qui. C’est comme s’ils ciblaient des personnes en particulier. Si une personne blanche avait été là, je ne sais pas s’ils auraient braqué leur projecteur sur elle et l’aurait poursuivie comme cela.
Je ne sais même pas si ces personnes étaient des policiers. Ils ne s’identifient pas, ils arrivent juste en criant et brandissent ces matraques. Ça pourrait être n’importe qui, comme si on se faisait kidnapper. Parce que, et si ces gens faisait semblant d’être de la police ? C’était très violent, et la façon dont ils parlaient et criaient… C’était vraiment agressif.
Puis ils m’ont emmené, sans m’expliquer ce qui m’arrivait, pourquoi ni où ils m’emmenaient. Quel crime ai-je commis ? On ne m’a pas dit. Y a-t-il une procédure judiciaire ou quelque chose de ce genre à mon encontre ? Pas de papiers, rien ne l’indique. Je ne sais même pas si j’ai été placé en garde à vue : ils m’ont emmené dans un commissariat ou quelque chose comme ça et ils m’ont gardé là-bas pendant, je crois, une quinzaine d’heures, avant de me laisser partir. Ensuite, j’ai dû marcher et retrouver mon chemin alors que je ne savais pas où j’étais. C’est la première fois de ma vie que je suis interpellé ou que je vis quelque chose comme ça.
Alors, c’était quoi ? Je n’ai jamais su, je n’en ai aucune idée. Je ne sais pas, ils disaient plein de choses en français, mais ils ne m’ont même pas expliqué ce qu’il se passait. Je ne sais pas si j’ai été placé en garde à vue ou non.
Donc, ils attrapent juste quelqu’un qui marche dans la rue… C’est comme un enlèvement. J’avais l’impression d’avoir été kidnappé. Depuis ce moment-là, je ne me sens plus bien. Je ne me sens pas en sécurité. Même maintenant, ils compliquent la vie des autres. La police, même en ce moment, s’ils t’attrapent dans ce quartier, ou si tu te promènes, ils détruisent tout simplement tes affaires : si tu as un téléphone, ils le jettent et le cassent, sans donner aucune explication. J’ai l’impression que c’était comme un gang : ce n’est pas comme ça que la police devrait se comporter. C’était une situation vraiment horrible. Alors comment peut-on lui faire confiance ? Ils sont censés protéger les gens, pas les maltraiter.
Je pensais qu’ici, en Europe, il y avait les droits de l’homme, la démocratie, des lois respectueuses, mais il n’y a rien, tu vois. C’est comme dans mon pays. C’est pareil avec la police : je suis venu ici et je me retrouve à nouveau dans la même situation.
Maintenant, je pourrais aller porter plainte à la police, mais j’ai l’impression que ça ne servirait à rien. C’est très difficile de faire confiance à un gouvernement ou à cette institution. Ils vous diront qu’ils ne peuvent pas identifier les personnes qui ont fait ça. Je pense déjà que cela se fait avec le soutien de l’ensemble de l’institution policière, et je ne crois pas qu’ils ignorent tout de ces activités. Même les pouvoirs publics ici en France sont au courant de toutes ces situations, de tout ce qui se passe et de la manière dont ça se passe. Ils font simplement comme si de rien n’était : c’est vraiment triste.”
Reported on 6th May 2026
In July, while Ibrahim (modified name) was walking in the area near the port of Calais, he was victim to violent acts committed by a group of people he rapidly identified as policemen. Testimony collected without a translator, then translated into French.
“It happened two weeks ago : I was simply walking around the port of Calais, at approximately 10:30 pm. I don’t see how taking a walk in that area would be illegal. I wasn’t in the port or in an area where pedestrians aren’t allowed. No, I was in the street. I was sitting at a bus stop, then a car came by, and they shone a flashlight on me. A very long flashlight. Then, they started chasing me. It was terrifying. Someone kept shouting at me, and I started to run.
They weren’t wearing a police uniform. The car they were using wasn’t a police vehicle, it was some sort of van. They started chasing me with the car : they chase you, chase you, until they catch you. It was really violent. After some time, one of them opened the car door and sort of threw himself onto me, grabbed me and put me in the car.
Not once did they try to speak to me in a language I understand. They were shouting a lot. You don’t understand what they are telling you, nor what they are trying to do. I don’t think that they just arrest anybody. It’s as if they were targeting some people specifically. If a white person had been there, I don’t know if they would have put their flashlight in their face and if they would have followed them like that.
I don’t even know if these people were policemen. They don’t identify themselves, they just come screaming and brandish their batons. It could be anybody, as if you’re being kidnapped. Because what if these people were pretending to be police ? It was really violent, and the way they were speaking and shouting… It was really aggressive.
Then they took me, without telling me what was happening, why or where they were taking me. What crime did I commit ? I wasn’t told. Is there a legal procedure or anything of that matter against me ? No papers, nothing indicates it. I don’t even know if I was detained : they took me to some kind of police station and kept me there for, I think, fifteen hours, before letting me go. Then, I had to walk and find my way back without knowing where I was. I have never been through such a thing before.
So, what was it ? I never got the answer, I have no idea. I don’t know, they were saying lots of things in french, they didn’t even explain to me what was happening. I don’t even know if I got detained or not.
So, they just catch somebody walking in the street… It’s like a kidnapping. I felt as if I was being kidnapped. From that moment, I don’t feel well anymore. I don’t feel safe. Even now, they complicate other people’s lives. The police, even in this moment, if they catch you in this neighborhood, or if you are walking around, they simply destroy your belongings : if you have a phone, they throw it and break it, with no explanation. I felt that it was like a gang : it’s not how the police should behave. It’s a very horrible situation. So how are we supposed to trust them ? They are meant to protect people, not brutalise them.
I thought that here, in Europe, there were human rights, democracy, respectful laws, but there is nothing, you see. It’s like in my country. It’s the same with the police : I came here and I end up in the same situation again.
Now, I could file a police report, but I don’t think that it would be any useful. It’s very difficult to trust a government or this institution. They will say that they cannot identify the people who did this. I think that it’s even done with the support of the entire police institution, and I don’t think that they ignore everything about these activities. Even public authorities here in France are aware of all those situations, of what’s happening and of the way that it happens. They simply act as if there was nothing going on : it’s very sad.”
"On vit toujours dans la peur/we are always living in fear"
Témoignage rapporté le 3 août 2026
Le plus grand lieu de vie de Calais, situé en face de l’hôpital, fait régulièrement l’objet d’expulsions menées par les forces de l'ordre. Au mois de juillet, HRO a documenté cinq expulsions durant lesquelles les policiers saisissent tentes, matériel et obligent les habitant.es à quitter le lieu, au cours d'opérations pouvant parfois durer plusieurs heures. Hospital, un lieu où vivent des personnes de tous âges, genre et situation.
Ibrahim (le nom a été changé), 21 ans, vit à Calais depuis 2 mois. En juillet, il a subi une expulsion par les forces de l'ordre. Il raconte ce qu'il a vécu et l’impact que cela a sur son quotidien.Témoignage recueilli en anglais, sans interprétariat, et traduit en français.
"La police est venue à Hospital il y a environ deux semaines et demie. A Hospital, il y a des personnes de tous âges, genre et situations. Ce matin-là, j'étais avec mes amis dans notre espace de vie. On était environ cinq. Un groupe de policiers est arrivé puis un second les a rejoints un peu plus tard. Au total, ils étaient environ 10 ou 12 et n’avons pas compris ce qu’il se passait, ni ce qu'ils disaient.
Ils ont commencé à prendre ce qu'on avait et à casser des choses. On a essayé de leur parler, de leur expliquer qu'on avait besoin de récupérer nos affaires, mais ils nous ont bousculés et ont emporté les tentes. Nous n'avons pas pu essayer de les arrêter : ce sont des policiers, ils risquent de devenir violents si on tente de faire quoi que ce soit.
Pendant 20 à 30 minutes, ils ont tout détruit sans nous expliquer pourquoi ils étaient là, ni ce qu’ils faisaient. C'est vraiment dur car à chaque fois, nous devons retrouver de nouvelles tentes et tout le reste.
On n’a nulle part où aller, on n’a pas de chez-nous, il ne nous reste plus rien. On a nulle part où aller dans la ville et la jungle est le seul endroit où on peut vivre.
Mais on vit toujours dans la peur. Tous les jours, on démonte nos tentes parce que les policiers peuvent venir à tout moment. Je me réveille très tôt le matin, dès que j'entends le moindre bruit. Aujourd’hui par exemple, je me suis réveillé vers 6 heures du matin, parce que j’ai entendu du bruit et j’ai cru que la police arrivait. Après ça, je n’ai pas pu me rendormir.
Ils ne sont pas venus cette semaine, on ne sait pas s'ils viendront la semaine prochaine : ils débarquent sans prévenir, emportent nos affaires, et nous, on doit recommencer à zéro. Alors on cache la tente, on retrouve un matelas...C'est pénible, c'est vraiment dur.
Au lieu d’aider les gens, ils choisissent de traumatiser des personnes déjà traumatisées. Beaucoup d’entre nous ont vécu des parcours difficiles en venant en Europe, mais personne ne s’en soucie.
Alors maintenant, ils veulent nous évacuer de cette « jungle », de l’endroit où nous vivons. Pensent-ils que nous adorons vivre là-bas, ou que ça nous plaît ? Il n’y a pas d’installations sanitaires, pas de toilettes : il n’y a rien. On vit dans une tente, il y a un peu d’eau, il fait froid. Personne ne vit dans ces conditions de son plein gré. Si on en amenait un policier, je pense qu'il ne tiendrait pas un seul jour.
Aucun autre endroit ne nous est proposé, on ne m'explique pas comment je suis censé partir de là. Au lieu de ça, ils veulent juste déplacer les gens. Mais où vont-ils vivre ?"
Testimony collected on August 3rd, 2026
The largest living site, located in front of the hospital, is regularly subject to evictions conducted by the police. In July, HRO documented five evictions during which policemen take tents, material and make inhabitants forced to leave the living site, during operations that can sometimes take up to multiple hours. Hospital, a place where people of all ages, genders and situations live.
Ibrahim (modified name), 21 yo, has been living in Calais for 2 months. In July, he underwent an eviction by the police. He recalls what he went through and how it affected his day-to-day life. Testimony collected in English, without a translator and then translated into French.
“Police came to Hospital about two and a half weeks ago. In Hospital, there are people of all ages, genders and situations. That morning, I was in our living space with my friends. It was about five of us. A group of policemen arrived and were then met by a second group a bit later. They were about 10 or 12 in total and we did not understand what was happening, nor what they were saying.
They began taking what we had and breaking things. We tried to talk to them, to explain that we needed to get our things back, but they pushed us and took the tents. We were not able to try and stop them : they are policemen and could become violent if we tried anything.
For 20 to 30 minutes, they destroyed everything without explaining why they were there, or what they were doing. It’s really painful because each time, we have to find tents and everything else again.
We have nowhere to go, no home, we have nothing left. We are not allowed anywhere else in the city, so the jungle is the only place where we can live.
But we are always living in fear. Every day, we take down our tents because the police may come at any moment. I wake up really early every day, as soon as I hear any noise. Today, for example, I woke up around 6 AM, because I heard a sound and thought that the police were coming. After that, I couldn’t go back to sleep.
This week they didn’t come, we don’t know if they will come next week : they come with no warning, take our stuff, and we have to start from the bottom up again. So we hide the tent, find another mattress… It’s painful, it’s really tough.
Instead of helping people, they choose to traumatise already traumatised people. A lot of us here have been through really difficult journeys to come to Europe, but no one cares about it.
So now, they want to evacuate us of this “jungle”, of the place that we live in. Do they think that we love it here, or that we enjoy it ? There are no sanitary units, no toilets : nothing. We live in a tent, there’s water, and it's very cold. Nobody would willingly live in those conditions. If we brought a cop here, I don’t think he would even last a day.
No other place is offered to us, nobody is providing us with a solution to get out of here. Instead, they just want to move people. But where will they live ?"
«L'un a pointé son arme sur mes jambes»
Signalé le 6 mai 2026
Témoignage recueilli auprès d’un homme résidant avec sa femme à Arras, tous deux en situation de demande d'asile. Il raconte avoir subi une agression à main armée dans le train Calais-Arras, perpétrée par trois agents de la sureté ferroviaire. Ce témoignage a été recueilli en espagnol par appel téléphonique.
« Ma femme et moi sommes demandeurs d’asile. Nous n’avons pas le droit de travailler et nous vivons dans une situation très précaire. Nous habitons à Arras, mais nos rendez-vous médicaux sont désormais organisés dans d’autres villes comme Lille, Calais ou Béthune. Nous devons donc nous déplacer régulièrement sans avoir les moyens de payer les billets de train.
Le 4 mai 2026, nous devions nous rendre à un rendez-vous médical. À la gare d’Arras, nous avons expliqué notre situation à un contrôleur. Il nous a dit que ce serait gratuit pour nous. Pourtant, quelques minutes plus tard, ce même contrôleur nous a donné une amende de 115 euros.
Nous sommes ensuite montés par erreur dans un train à destination de Calais. Une fois arrivés là-bas, nous avons essayé de reprendre un train pour rentrer à Arras. Une fois dans le train, trois agents que nous avons pris pour des policiers sont venus vers nous. Ils étaient très agressifs. J’ai essayé de leur expliquer la situation, mais ils ne voulaient rien entendre.
L’un d’eux a sorti son arme et l’a pointée vers nos jambes. Ma femme a eu une crise de panique et s’est mise à pleurer. Nous nous sommes sentis menacés. Ils nous ont obligés à descendre du train et nous ont également empêchés de rester sur le quai.
Nous avons aussi vu une autre passagère être traitée violemment. Un des agents l’a saisie fortement par le bras et l’a tirée. Elle s’est mise à pleurer. »
À quelle heure et dans quel train les faits se sont-ils produits ?
« Cela s’est passé entre 18 h et 19 h dans le train entre Calais et Arras. »
Les agents portaient-ils des signes distinctifs ?
« Oui, ils avaient les lettres SNCF marquées sur leur uniforme. »
Pouvez-vous décrire l’arme ?
« C’était un pistolet, comme un pistolet de policier classique. »
La personne qui a également subi des violences était-elle une personne exilée ?
« Non, c’était une Française. »
Vous êtes au courant que notre association n’est pas en mesure d’engager une action en justice dans cette situation ?
« Oui. Mon objectif est surtout de faire connaître cette situation. Les immigrés vivent beaucoup de discriminations ici et il faut que cela se sache. »
Seriez-vous d’accord pour saisir le Défenseur des droits et pour que votre témoignage soit publié sur notre site ?
« Oui. »
(Témoignage partagé en espagnol, puis traduit en français par HRO)
Reported on 6th May 2026
Testimony collected from a man living with his wife in Arras, both asylum seekers. He reported having been the victim of of an assault by three armed rail security officers on a train between Calais and Arras.
« My wife and I are asylum seekers. We are not allowed to work and live in very precarious condition. We live in Arras, but our medical appointements are in other cities such as Lille, Calais or Béthune. Therefore, we have to travel regularly without being able to afford train tickets.
The 4th of May 2026, we had to go to a medical appointement. At Arras station, we explained our situation to a ticket officer. He told us it would be free for us. However, a few minutes later, he gave us a 115 euro fine.
We then by accident boarded a train to Calais. Once we arrived there, we tried to take a train back to Arras. Once on the train, three agents whom we initially thought were police officers, approached us. They were very aggressive. I tried to explain our situation, but they refused to listen.
One took out his gun and pointed it towards our legs. My wife had a panic attack and started crying. We felt threatened. They forced us to leave the train and did not allow us to stay on the plateform.
We also saw another passanger being treated violently. One of the agents strongly grabbed her by the arm and pulled her. She started to cry.”
At what time and in which train did these events happen.
“It happened between 6 and 7pm in the train between Calais and Arras.”
Did the agents have any distinctive signs.
“Yes, they had the letters SNCF on their uniforms”
Can you describe the weapon?
“Yes it was a gun, like a classic police gun.”
The other person who also was victim of violence from the agens was she a person on the move?
“No, she was French”
Are you aware that our association is not capable of leading a judicial action conerning this situation.
“Yes, my objectif is mostly to make known this siutation. Immigrants experience a lot of discrimination hear and it must be known. ”
Would you be ok to report it to the Défenseure des Droits, and for your testimony to be published on our site?
“Yes.”
(Témoignage partagé en espagnol, puis traduit en français par HRO)
« D'un seul coup, la police débarque pour détruire tout ce que tu possèdes »
Signalé le 23 avril 2026
Témoignage recueilli auprès d'un résident d'un campement à Grande-Synthe. Il y raconte son quotidien marqué par les expulsions, le vol de ses effets personnels et le harcèlement policier. Ce témoignage a été recueilli en anglais. Passez à la version anglaise du site web pour une traduction plus précise du témoignage.
Témoignage recueilli auprès d’un habitant d’un lieu de vie à Grande-Synthe. Il raconte son expérience des expulsions, des vols d’effets personnels et du harcèlement policier dont il est victime au quotidien. Ce témoignage a été recueilli en anglais. Activez la version anglaise du site pour une retranscription plus précise du témoignage.
« Tout d’abord, (...) tu sais à quel point c’est difficile de vivre dans la Jungle. À un moment donné, tu n’as plus beaucoup de couvertures, tu n’as plus rien, pas d’argent pour t’acheter tout ça. Et tout à coup, la police débarque pour détruire tout ce que tu possèdes. »
« Après (...) ils arrivent avec des gens en tenue orange. Ils détruisent tout : ils brûlent toutes les tentes, cassent toutes les palettes. Puis, ils emportent ces affaires d’une manière ou d’une autre. J’avais quelques vêtements. J’ai perdu des vêtements, des chaussures neuves. Et ensuite, ils vous disent qu’il y a un bus qui emmènera les gens à l’hôtel. Si vous pouvez monter dans le bus, ils vous emmèneront à l’hôtel. Je ne veux pas aller à l’hôtel. J’ai dit non. Beaucoup de gens ont dit non. »
(...) « J’ai perdu au moins deux paires de chaussures. C’étaient des chaussures toutes neuves. Je les avais achetées 49 euros et elles ont disparu, ainsi que d’autres vêtements très importants comme des jeans baggy et quelques t-shirts. Tout ce que la police a pris a disparu et beaucoup d’autres personnes se plaignent beaucoup, les gens perdent beaucoup de choses. »
« Hier, ils sont allés dans le quartier du marché et dans d’autres quartiers et ils ont tout démoli, tout détruit. Ils ont tout emporté d’une manière ou d’une autre. Et cette autre organisation, l’Afeji, qui emmène les gens se doucher, ils t’emmènent à cinq minutes de la jungle pour que tu ailles prendre une douche. C’est la même organisation qui aide la police, donc pour moi, je suis un peu surpris de ce qu’ils font dans la jungle. S’ils sont les mêmes personnes qui aident la police, pourquoi aident-ils aussi les migrants ? Je ne comprends vraiment pas. Ils essaient de dire aux gens qu’ils peuvent bénéficier de certaines conditions ou d’autres choses, mais c’est une organisation très étrange. J’ai l’impression que les gens ne se sentent pas en sécurité avec l’Afeji, pour être honnête. Ça ne me dérange pas qu’ils travaillent avec l’État, mais je pense qu’ils ne devraient pas offrir d’aide aux migrants. Ce n’est pas de l’aide. D’une certaine manière, ce n’est pas de l’aide. »
La police prend-elle des vidéos et des photos ?
« Chaque fois qu’ils vont dans la jungle, ils prennent des photos et font des vidéos. Chaque fois que la police arrive, ils font ça. »
(...) « J’ai assisté à près de quatre expulsions, car j’étais à Calais quand ils ont fait ça, détruisant tant d’autres endroits. Et puis je crois que d’autres personnes ont été arrêtées. Donc, quand j’ai quitté Calais pour la jungle de Grande-Synthe, j’y suis resté environ deux semaines. D'abord, ils ont détruit un endroit tout près du point de distribution de nourriture, du café, de tout ce qu'il y avait à l'intérieur de la jungle. Ils ont détruit ça. Et puis, une autre fois, ils ont détruit un autre endroit.
« D'abord, de très nombreuses voitures de police arrivent, puis cette organisation arrive aussi avec elles et ils se mettent tout simplement à tout démolir, tout. Mais si quelqu’un dort dans une tente, je pense qu’ils lui diront de sortir, et ils ont des couteaux et tout ce qu’il faut pour détruire. Heureusement, ils ne sont pas arrivés jusqu’à ma zone, mais j’ai déjà été victime d’eux une fois. »
Vous arrive-t-il parfois de croiser des agents des services frontaliers lors d'une expulsion?
(...) « Il y a beaucoup de policiers. Je ne sais pas. Je ne sais pas qui est qui. Je ne sais pas. Beaucoup de voitures de police arrivent. Il y a des policiers partout. Je ne sais pas ce qu’est la police spéciale. Je ne sais pas lire le français. »
Quand la police entre dans la Jungle et que l'équipe de nettoyage emporte tout, est-il possible de demander à la police de garder ses vêtements ou sa tente, ou est-ce qu'ils refusent toujours ?
« On ne peut même pas leur parler. Si on leur parle, ils ne répondent même pas. Peut-être qu’ils ne veulent pas parler ou qu’ils ne comprennent pas l’anglais. Je ne sais pas. Quand ils ont pris mes affaires, je me suis enfui. Je m’éloignais très loin d’eux. Parce que je pense que, lors de l’autre expulsion, pas hier, mais il y a environ deux semaines, avant que tu m’envoies un message pour me dire qu’il y aurait uneexpulsion tout ça, ils ont arrêté des gens. Genre, la police attrape deux personnes, les emmène avec eux. Je ne sais pas s’ils les ont relâchées ou pas. (...) Mais je ne vois pas de gens parler à la police. Les gens essaient de s’éloigner d’eux. » (...) J’ai oublié la date exacte. »
« Parfois, quand il n’y a pas expulsion, peut-être 10 ou 15 policiers viennent simplement, marchent à l’intérieur de la jungle, regardent tout, prennent des photos, puis repartent. C’est aussi arrivé il y a quelques semaines. Ils sont venus une fois. Ils ont juste marché à l’intérieur. Je dormais. J’ai juste entendu l’alerte. J’ai entendu « Bonjour, bonjour ». Les gens ont commencé à crier : « police, police ». Et quand je me suis réveillé, il y avait déjà 15 policiers juste devant moi. L’un d’eux avait un téléphone et prenait des photos partout. Je crois que quelqu’un d’autre filmait. »
Avez-vous déjà vu la police découper ou détruire des tentes ?
« Oui, ils ont détruit [les tentes] à coups de fusil et avec d'autres objets. J'étais très loin, pas vraiment près. Je dois partir pour ma propre sécurité. Je ne veux pas être arrêté ou quoi que ce soit. »
Y a-t-il autre chose que vous aimeriez nous dire ?
« Pour moi, c’est ce que j’ai constaté jusqu’à présent, car il y a d’autres personnes qui restent ici depuis plusieurs mois. Elles ont plus d’expérience et sont confrontées à davantage de situations que moi. Mes affaires, je les achète. Elles sont très chères. Si je pouvais récupérer mes affaires, je serais très heureuse, car chaque jean coûte 40 euros. C’est trop cher et c’est vraiment triste. Et toutes mes chaussures, là encore, coûtent environ 49,99 euros. Et mes t-shirts, au moins chacun, coûtent 20 euros, 24 euros, 26 euros, et puis ma montre, encore une fois, ils ont pris ma montre, est-elle perdue ? Ça fait beaucoup. J'ai un petit sac, un petit sac comme ces sacs en forme de banane, celui-là aussi coûte 18 euros. »
« Je crois que tout le monde ici est vraiment triste et désespéré. Personne n’est heureux dans cette jungle. La vie n’est pas rose ici, c’est sûr. Les gens sont très désespérés et traversent sans doute des moments très difficiles. Et puis, quand la police vient tout détruire, ça ne fait qu’accroître la panique et la peur chez les gens. Imaginons qu’il y ait un système d’asile digne de ce nom, ou que les gens aient un endroit où loger, ou qu’ils soient, disons, bien intégrés en France : personne ne viendrait ici. Mais personne n’essaie d’apporter une solution. La France a déjà donné à tant de gens que je connais des papiers pour quitter le pays. Alors où voulez-vous que ces gens aillent si le gouvernement leur dit de quitter le pays où ils devraient rester ? »
(Témoignage partagé en anglais)
Quand aller acheter du pain mène à une arrestation : harcèlement policier à Calais
Signalé le 3 décembre 2025
Le 18 novembre 2025, en fin de journée, vers 18 heures, A.W. se rend au magasin situé près de son lieu de vie pour acheter du pain. Il s’y rend seul car les autres membres de son groupe craignent la police, qui se poste très souvent à cet endroit. Dès qu’il entre dans le champ de vision des agents de police, ceux-ci se dirigent instantanément vers lui. Ils sont cinq agents avec un fourgon noir banalisé. Il s’agit probablement de la police des frontières. Ils lui ont demandé ses papiers, il n’en avait pas. Il subit une fouille corporelle. Il est embarqué dans le véhicule, sans explications. Il est transporté pendant une quarantaine de minutes sans qu’on lui explique où il va ni pourquoi. On lui a immédiatement confisqué son téléphone, il n’a pu prévenir personne, ses proches ont passé la nuit à s’inquiéter. Là-bas, il se trouve dans une petite pièce avec des toilettes, l’odeur est extrêmement désagréable, ce n’est pas propre. Impossible de dormir. On lui a donné une petite couverture. On lui donne de l’eau mais pas de nourriture (contrairement à ce qui est indiqué dans le procès-verbal). De même, il n’a pas eu l’occasion d’appeler qui que ce soit (contrairement à ce qu’indique le PV). Un homme d’Utopia est appelé pour traduire dans sa langue, mais il a du mal à comprendre son tigrigna. Un agent de police parlait anglais. Cela se passe d’abord par téléphone puis en personne le lendemain matin.
Les agents sont ravis d’avoir arrêté quelqu’un, ils se félicitent, rient. Ils se moquent de lui lorsqu’ils passent devant lui. L’un d’eux s’énerve en parlant à A.W., hausse le ton, frappe du poing sur la table comme si A.W. était un criminel ou qu’il se faisait gronder par son père. Ils ne lui laissent pas la possibilité de dire quoi que ce soit. Pas de violence physique. Mais l’agent qui criait l’a insulté, lui a demandé si A.W répondrait de la même façon à la police s’il était en Érythrée.
A.W. a été placé en rétention de 19 h 05 le 18 novembre jusqu’à 11 h 05 le lendemain. Il a déclaré qu’il n’avait pas besoin de médecin. Les agents lui ont remis un procès-verbal à signer, sans lui expliquer en quoi consistait ce document ni ce qu’il impliquait. Ce procès-verbal était assorti d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), mais là encore, personne n’a expliqué à A.W ce que cela impliquait. À la fin de sa rétention, un agent lui a dit qu’avec ce PV, il pouvait circuler pendant un mois, et que si la police l’arrêtait à nouveau, il pourrait le leur montrer.
« Je suis d’accord pour être arrêté si j’ai frappé quelqu’un, si j’ai volé. C’est normal d’assumer les conséquences de ses actes. Mais je ne suis pas un criminel. Pourquoi serais-je ici si tout allait bien dans mon pays ? Chez moi, on se respecte, même si c’est une dictature. C’est difficile ici. Tout le monde a un rêve. »
Son cas n'est pas un cas isolé. La semaine dernière, cinq personnes de son lieu de vie ont été arrêtées par des agents qui se sont rendus directement au campement, là où se trouvent les tentes, vers 20 heures. Ils arrêtent également des femmes.
(Témoignage partagé en français)
Deux côtes fracturées par la police
Signalé le 29 juillet 2025
« Je me trouve à Calais avec mes deux enfants. Dans la nuit du 27 au 28 juillet 2025, vers 3 heures du matin, je rentrais à Calais avec un groupe d’environ 70 personnes. Nous marchions sur une petite route à la périphérie de Calais, en poussant la poussette de ma petite fille et accompagnés de mon fils de 5 ans. Vers 3 h 20 du matin, nous avons été arrêtés par deux voitures de police qui bloquaient la route. Il y avait une voiture de police Peugeot grise avec quatre agents garée sur le côté droit de la route d’où nous venions, à un croisement, et une voiture grise banalisée avec deux agents sur notre chemin. Ces deux agents étaient vêtus de vêtements sombres, portaient des polos ou des t-shirts à manches courtes et un brassard au bras.
Alors que nous marchions tranquillement, fatigués, les six agents qui étaient sortis de leurs voitures nous ont interdit de continuer vers Calais. Les caméras corporelles des policiers étaient allumées. Même si nous leur avons expliqué que nous voulions aller à Calais et non retourner à la plage, ils ont menacé de nous asperger de gaz lacrymogène si nous ne faisions pas demi-tour.
À ce moment-là, je me trouvais en tête du groupe avec la poussette. Je leur ai demandé pourquoi ils nous menaçaient, en leur disant que j’étais avec mes enfants, en leur montrant la poussette et en faisant des gestes de la main. L’un des policiers s’est alors avancé et m’a donné un violent coup de pied dans les côtes gauches, me faisant tomber à terre. Une personne du groupe qui parle français m’a raconté que lorsque les autres policiers ont vu leur collègue me frapper, ils lui ont demandé pourquoi il avait fait ça.
Mes enfants se sont mis à pleurer. Toujours allongé par terre, j'ai essayé de sortir mon téléphone pour photographier la plaque d'immatriculation de la voiture de police, et à ce moment-là, le policier qui m'avait percuté est revenu, m'a arraché le téléphone des mains et l'a jeté loin dans les arbres avant de partir.
Une fois les policiers partis, le reste du groupe a tenté de les prendre en photo, mais sans succès. Quand j'ai réussi à me relever, j'ai cherché mon téléphone avec le groupe pendant environ 20 minutes, et nous l'avons finalement retrouvé. L'écran était fissuré. À ce moment-là, j'ai écrit à la patrouille Utopia56 pour leur demander d'appeler une ambulance car je souffrais énormément. Je leur ai communiqué ma position. Une ambulance a été envoyée, mais j'avais déjà été transporté ailleurs lorsqu'elle est arrivée.
La plupart des membres du groupe ont poursuivi leur route vers Calais. Je suis restée avec une dizaine de personnes, pour la plupart, qui m’ont aidée à marcher et à transporter la poussette et mes enfants jusqu’à Calais. Je souffrais de vives douleurs aux côtes et au dos et j’avais du mal à respirer. Environ dix minutes après avoir repris notre marche vers Calais, la voiture de police banalisée conduite par l’homme qui m’avait percutée est revenue et nous a suivis à distance tout au long de notre trajet de retour.
Nous sommes arrivés à Calais, près du campement où je vis. Là, j'ai vu que le policier qui m'avait frappé était toujours dans la voiture banalisée et continuait à m'observer de loin. Les femmes sont descendues vers le campement, et je suis tombé à cause de la douleur. J'ai alors demandé Utopia56, avec qui j'étais en contact tout le temps via Google Translate, de m'aider à appeler une ambulance car je souffrais énormément.
« On m'a emmené à l'hôpital où l'on m'a dit que le coup porté par le policier m'avait fracturé deux côtes. »
(Témoignage donné en arabe et relayé par un interprète)
Violences policières à Calais
Signalé le 14 mai 2025
« C'est un groupe important qui vit ici, dans la jungle de Calais. Le problème, c'est que la police est venue, mais les agents ne portaient pas d'uniformes. Les gens ne leur ont pas répondu et n'ont pas parlé avec eux. Ensuite, un bus de police est arrivé, un bus noir. Ils ont tout simplement commencé à frapper tout le monde, y compris les personnes qui dormaient dans les tentes. La police a utilisé du gaz poivré. Il faisait nuit. »
« Ils ont aspergé de gaz et de produit la tente, les oreillers, le matelas et les sacs de couchage. Après ça, personne ne pouvait plus y toucher, c'était trop irritant, personne ne pouvait s'en servir. Il dit qu'après ça, on ne peut plus rien utiliser. C'est comme si ça grattait ou ça brûlait. »
« Ils dormaient, mais tout le groupe ne dormait pas. Quelqu’un s’est réveillé et a vu que la police arrivait. Il a crié : « Hé ! La police arrive, réveillez-vous ! » Mais tu sais, quand tu viens de te réveiller, tu ne peux pas réagir vite. Mais quelqu’un a eu une réaction rapide et s’est enfui. D’autres, par contre, dormaient encore. Parce qu’ils ne dorment pas tous ensemble. La police a commencé à les frapper alors qu’ils dormaient. Ils ont ouvert les yeux parce qu’ils se faisaient frapper par la police. »
« Mais celui qui s'est réveillé et qui est sorti, quelqu'un a commencé à le frapper là-bas. Avec ce truc noir de la police et du gaz lacrymogène dans les yeux. »
« Après les avoir frappés, ils leur ont dit : “Vous devriez chercher un autre endroit, vous ne pouvez pas rester ici.” »
« Il y en a un autre dans le groupe, il est malade, la police l’a trop frappé, il ne peut plus marcher. Il a essayé d’appeler une ambulance. L’ambulance est venue, mais ils lui ont dit qu’il n’avait pas de papiers. Il vient d’Afrique. Mais ils l’ont emmené à l’hôpital. Aux urgences, personne ne l’a aidé, ils l’ont juste laissé là pendant longtemps. Il était inquiet et a contacté un ami. Il est reparti, parce que personne ne l’a aidé. Maintenant, il est malade et reste fatigué dans la jungle.
(Témoignage donné en arabe et relayé par un interprète)
Destruction de téléphones par la police
Signalé le 14 mai 2025
Témoignage de deux jeunes Soudanais vivant à Calais. Ils ont pris l'habitude de recharger leurs téléphones sur un chantier situé en face de leur campement, avec l'accord du responsable.
« Ils ont laissé leurs téléphones là-bas. Ils s’entendent bien avec le gérant, qui a accepté de les mettre en charge. Ils sont allés à la Jungle pour manger un morceau et boire un thé. La police est venue à la Jungle, a mis en place un poste de contrôle et tout le reste. Les policiers se sont rendus à l’entreprise [là où les téléphones étaient en charge], sont entrés dans les locaux, ont cassé tous les téléphones et sont repartis. »
« Ils étaient deux. Un homme et une femme. Ils avaient une voiture de police, des uniformes, un appareil photo et tout le reste. Il y avait l'inscription « police » sur la voiture. »
« Ils les ont vus casser les téléphones et ont essayé de les en empêcher, mais la police leur a lancé des grenades lacrymogènes. »
(Témoignage présenté en arabe et traduit par un interprète)
Placement en détention après une expulsion
Publié en mai 2025
« Nous étions en train de dormir et, à 6 heures du matin, la police est arrivée avec deux interprètes, l’un originaire du Maroc et l’autre du Yémen. Cependant, ils nous ont parlé en anglais, pas en arabe. Ils ont dit : « Sortez de vos tentes, n’emportez rien avec vous, nous voulons juste vous parler. » La première fois, ils l’ont dit assez gentiment. Mais nous étions nombreux dans ce camp, il y avait trop de tentes dans la jungle. Nous sommes sortis de nos tentes. Il ne m’a pas laissé prendre mon oreiller, mon matelas, mon sac de couchage ni ma tente.
J'ai parlé à mon groupe. Je leur ai dit : « Ne résistez pas à la police, ne faites rien. S'ils veulent nous emmener au poste de police, nous sommes dans un pays européen, nous ne pouvons pas refuser. C'est normal. »
Un policier nous a dit : « Si vous n'écoutez pas ou si vous ne suivez pas la police, nous pouvons recourir à d'autres moyens. Pour l'instant, nous sommes conciliants, mais nous pouvons faire usage de la force. Nous sommes en France, vous devez donc respecter la police française. »
« Il y avait plus de douze bus noirs, des fourgons de police. Il m’a dit : “Bon, on va vous emmener au poste de police, que vous le vouliez ou non, vous devez tous venir.” Il m’a emmené. J’ai essayé de rester en contact avec la Croix-Rouge anglaise, la Croix-Rouge française et Human Rights Observers. J’ai envoyé ma position et de courtes vidéos. Mais un policier m’a vu et m’a dit : « Je casserai ton téléphone si je te vois faire ça encore une fois. » Je ne pouvais pas voir son visage. J’ai arrêté d’utiliser le téléphone. »
« Quand nous sommes arrivés au poste de police, ils nous ont fouillés et ont confisqué nos téléphones. J’ai dû leur remettre mes médicaments. Je leur ai dit : « Je souffre d’asthme et d’une allergie grave. Je prends mes médicaments quatre fois par jour. » J’ai aussi un médicament appelé PrEP. C’est un comprimé pour les homosexuels. On l’utilise tous les jours pour se protéger contre le VIH. Je n’ai pas le VIH ; je l’utilise par mesure de sécurité. Un policier m’a demandé : « Pourquoi tu prends ça ? T’es malade ? » J’ai répondu : « Non, je ne suis pas malade, je suis gay. C’est pour ça que je le prends. »
Mais tout le monde autour de moi écoutait, et ça m'a posé un gros problème. Maintenant, je ne peux plus retourner dans mon camp, trop de gens en parlent. Nous venons de pays arabes. C'est une culture différente, là-bas, personne ne comprend l'homosexualité. En plus, ils pourraient en parler dans mon pays ou à ma famille. Je perdrais toute ma famille s'ils faisaient ça.
Un policier m'a dit : « Vous ne pouvez pas emporter vos médicaments avec vous. Laissez-les ici. Si vous en avez besoin, appelez-nous et nous viendrons vous les apporter. »
Ils m’ont mis en relation avec une interprète au téléphone. Elle m’a demandé ma date de naissance et ma nationalité. Puis un policier m’a remis d’autres papiers ; il y avait plus de douze documents. J’ai demandé à quoi ils servaient. Le policier m’a dit : « Signez, signez ! ». Je lui ai répondu que je ne signerais pas si je ne savais pas de quoi il s’agissait. Il m’a dit : « Très bien, alors vous resterez ici plus longtemps, peut-être un mois. Peut-être qu’on verra avec Dublin, peut-être qu’on vous renverra en Allemagne ou dans un autre pays. On peut le faire si vous voulez. » J’ai signé, mais je ne savais pas ce que je signais. Ensuite, ils m’ont mis dans une petite pièce ; nous étions quatre. J’ai demandé de l’eau à la police, et ils m’ont dit que l’eau était fournie automatiquement par une machine, mais elle ne fonctionnait pas.
Nous avons demandé à nouveau de l'eau. Un policier nous a dit : « Au fait, vous pourrez sortir demain après-midi. » Je lui ai demandé : « Mais pourquoi pas maintenant ? » Il a répondu : « Vous ne pouvez pas me poser cette question. Écoutez-moi bien : si vous voulez sortir, c'est pour demain après-midi. Si vous voulez rester ici plus longtemps, nous vous laisserons partir en dernier. »
« Je n’ai rien demandé d’autre. À 14 h, on nous a donné à tous à manger et un verre d’eau. Une demi-heure plus tard, deux personnes sont arrivées sans uniforme de police. Elles ont dit : « Vous allez tous déverrouiller vos téléphones ! » Un policier m’a demandé : « C’est quoi, ton téléphone ? » Je leur ai montré mon téléphone. Mais je lui ai dit : « Ce sont des informations privées, qui ne concernent que moi. Mes papiers sont chez vous ; si vous voulez, vous pouvez voir mon nom et tout le reste. » Je ne pouvais pas m’exprimer et expliquer la situation concernant mes données personnelles, car j’étais avec quelqu’un de mon camp et de mon pays. Le policier m’a dit : « Ça ne m’intéresse pas ; vous devez déverrouiller votre téléphone maintenant. » Je lui ai donné le code PIN et lui ai montré comment déverrouiller le téléphone. Puis il est allé dans une autre pièce pendant environ une demi-heure.
Après ça, il est revenu et m'a fait entrer. Les autres policiers se sont moqués de moi. Les policiers (environ six personnes) se sont tous mis à rire quand ils ont vu ce qu'il y avait sur mon téléphone. J'ai des applications gay dessus. J'ai aussi des photos de mon copain et d'un autre ami, dont certaines où on est nus.
Les policiers m'ont demandé : « Pourquoi es-tu venu en Europe ? » Je leur ai répondu : « Je pense que vous le savez tous maintenant. Vous riez ou souriez parce que vous savez que je suis gay. Votre système et vos lois en France soutiennent toutes les personnes LGBTQ. C'est pour ça que je suis venu. Et mes données personnelles, avec qui les partagez-vous ? » Un policier m'a répondu : « Ça ne te regarde pas, tu devrais partir maintenant. C’est mieux pour vous. »
Je suis parti, je ne peux pas retourner dans la jungle parce que maintenant, de plus en plus de gens là-bas savent que je suis gay. Ça va me causer de plus en plus de problèmes avec eux.
Au bout de deux jours, mon petit ami m’a dit qu’il avait trouvé un message dans notre compte de messagerie commun, indiquant qu’un inconnu avait accédé à notre compte. J’ai également reçu ce message : « Êtes-vous […] ? Quelqu’un tente d’accéder à votre messagerie. » Je pense que la police a transmis mes informations. Cet e-mail m’est parvenu après que j’ai quitté le commissariat. Au commissariat, je me suis contentée de déverrouiller mon téléphone et de leur donner mon code PIN. Le mot de passe de mon compte de messagerie est secret. Je ne l'ai pas donné à la police, je ne sais pas comment ils ont pu y accéder.
expulsion tôt le matin expulsion Calais
Signalé le 25 juin 2025
Témoignage d'un Érythréen vivant à Calais, dont les effets personnels ont été saisis par la police lors d'une opération menée tôt le matin, à 6 h 30, en juin 2025.
« La police est arrivée. Ils avaient peur et ont essayé de s’enfuir, et ils ont tout laissé ici. Sa tente et tout le reste. D’autres personnes se sont retrouvées dans la même situation. Ils avaient peur de la police, alors ils ont essayé de s’enfuir, et la police a tout pris. Comme les tentes, et ce genre de choses. Et même le téléphone qui était dans la tente. »
« Quand la police est arrivée, il a essayé de s’enfuir, car ils allaient l’arrêter. Comme c’est souvent le cas en Libye, dès qu’il a vu la police, il a tout de suite tenté de s’enfuir sans prêter attention aux tentes. »
Les effets personnels saisis lors des descentes de police peuvent, en théorie, être récupérés à la « Ressourcerie », un centre chargé du tri, du recyclage et de la vente d'articles d'occasion à Calais.
« Il y est retourné trois ou quatre fois depuis ce jour-là pour vérifier. Il a essayé à plusieurs reprises. »
« Parfois, ils disent : “Non, il n’y a pas de téléphone ici”, parfois ils apportent trois ou quatre téléphones, mais ce n’est pas le sien. »
(Témoignage donné en tigrigna et relayé par un interprète)
