Signalé le 3 décembre 2025

Le 18 novembre 2025, en fin de journée, vers 18 heures, A.W. se rend au magasin situé près de son lieu de vie pour acheter du pain. Il s’y rend seul car les autres membres de son groupe craignent la police, qui se poste très souvent à cet endroit. Dès qu’il entre dans le champ de vision des agents de police, ceux-ci se dirigent instantanément vers lui. Ils sont cinq agents avec un fourgon noir banalisé. Il s’agit probablement de la police des frontières. Ils lui ont demandé ses papiers, il n’en avait pas. Il subit une fouille corporelle. Il est embarqué dans le véhicule, sans explications. Il est transporté pendant une quarantaine de minutes sans qu’on lui explique où il va ni pourquoi. On lui a immédiatement confisqué son téléphone, il n’a pu prévenir personne, ses proches ont passé la nuit à s’inquiéter. Là-bas, il se trouve dans une petite pièce avec des toilettes, l’odeur est extrêmement désagréable, ce n’est pas propre. Impossible de dormir. On lui a donné une petite couverture. On lui donne de l’eau mais pas de nourriture (contrairement à ce qui est indiqué dans le procès-verbal). De même, il n’a pas eu l’occasion d’appeler qui que ce soit (contrairement à ce qu’indique le PV). Un homme d’Utopia est appelé pour traduire dans sa langue, mais il a du mal à comprendre son tigrigna. Un agent de police parlait anglais. Cela se passe d’abord par téléphone puis en personne le lendemain matin.

Les agents sont ravis d’avoir arrêté quelqu’un, ils se félicitent, rient. Ils se moquent de lui lorsqu’ils passent devant lui. L’un d’eux s’énerve en parlant à A.W., hausse le ton, frappe du poing sur la table comme si A.W. était un criminel ou qu’il se faisait gronder par son père. Ils ne lui laissent pas la possibilité de dire quoi que ce soit. Pas de violence physique. Mais l’agent qui criait l’a insulté, lui a demandé si A.W répondrait de la même façon à la police s’il était en Érythrée.

A.W. a été placé en rétention de 19 h 05 le 18 novembre jusqu’à 11 h 05 le lendemain. Il a déclaré qu’il n’avait pas besoin de médecin. Les agents lui ont remis un procès-verbal à signer, sans lui expliquer en quoi consistait ce document ni ce qu’il impliquait. Ce procès-verbal était assorti d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), mais là encore, personne n’a expliqué à A.W ce que cela impliquait. À la fin de sa rétention, un agent lui a dit qu’avec ce PV, il pouvait circuler pendant un mois, et que si la police l’arrêtait à nouveau, il pourrait le leur montrer.

« Je suis d’accord pour être arrêté si j’ai frappé quelqu’un, si j’ai volé. C’est normal d’assumer les conséquences de ses actes. Mais je ne suis pas un criminel. Pourquoi serais-je ici si tout allait bien dans mon pays ? Chez moi, on se respecte, même si c’est une dictature. C’est difficile ici. Tout le monde a un rêve. »

Son cas n'est pas un cas isolé. La semaine dernière, cinq personnes de son lieu de vie ont été arrêtées par des agents qui se sont rendus directement au campement, là où se trouvent les tentes, vers 20 heures. Ils arrêtent également des femmes.

(Témoignage partagé en français)