Sur le terrain, la situation reste préoccupante
Après avoir obtenu gain de cause partiellement le 4 décembre dernier devant le tribunal administratif de Lille, les six
associations requérantes avaient interjeté appel devant le Conseil d’État dans l’espoir
d’obtenir une décision plus favorable en première instance. La juridiction a rejeté leurs demandes.
La première décision condamnant l’État pour non-respect de la dignité humaine reste en vigueur.
Les associations Médecins du Monde, Roots, Salam, Human Rights Observers, Utopia
56 et Refugee Women’s Centre déplorent la décision du Conseil d’État qui a rejeté le
21/01/2026 leur demande d’appel concernant la situation indigne dans laquelle survivent les
personnes exilées dans les campements de Dunkerque.
Le 4 décembre dernier, l’État et les collectivités locales avaient pourtant été condamnés pour
non-respect des droits humains et sommés de prendre des mesures urgentes afin
d’améliorer les conditions de vie des personnes exilées, notamment par l’installation de
douches et de toilettes, la distribution de contenants d’eau potable, la collecte des déchets
et la mise en place de maraudes d’information à destination des mineur·es non
accompagné·es.
En appel, les associations réclamaient des mesures complémentaires essentielles : la
prise en charge des repas, la possibilité pour les personnes de récupérer leurs effets
personnels lors des expulsions, des points d’eau supplémentaires, l’amélioration des
dispositifs d’accès aux soins et d’hébergement d’urgence, ou encore une maraude
d’identification des victimes de la traite. Ces demandes ont été rejetées par la juridiction.
Ou bien, sur le terrain, la situation reste alarmante.
«Depuis le 1er janvier 2026, le Refugee Women’s Centre déjà accueilli près de 140
femmes, ainsi que 20 enfants de moins de cinq ans, privés d’un accès suffisant à l’eau
et à la nourriture », déplore Louise Borel, coordinatrice du Refugee Women’s Centre.
«L’association accompagne actuellement 10 femmes enceintes ne disposant ni d’une
alimentation adaptée, ni d’un hébergement d’urgence adapté, mettant gravement en
danger leur santé et celle de leurs enfants à naître. Par ailleurs, deux femmes victimes de
traite sont actuellement suivies par l’association, sans accès à des dispositifs de protection
et d’accompagnement adaptés. »
« L’urgence humanitaire est évidente. Les associations pallient les manquements de l’État
que ce soit en matière d’accès aux biens de première nécessité, comme la nourriture ou les
vêtements, mais aussi pour les services de base, comme l’accès aux soins, pour lesquels
nous constatons une dégradation préoccupante. Cette décision en appel est décevante, mais
notre victoire en première instance nous donne confiance pour continuer à documenter la
situation afin d’améliorer les conditions de vie des personnes exilées du Dunkerquois. Le
combat n’est pas terminé », déclare Diane Leon, coordinatrice de Médecins du Monde.
Les associations constatent également une reprise de la politique d’expulsions des lieux de
vie dans la région de Dunkerque. Entre la décision en première instance (le 4 décembre) et
la décision en appel (hier), l’État avait suspendu cette politique d’expulsions, désormais
quasi-hebdomadaires. Ce matin, une opération de grande envergure a été menée afin d’
expulser au moins quatre lieux de vie, plongeant une nouvelle fois les habitant·es dans une
situation d’extrême précarité. Lors de cette opération, une partie des effets personnels—
tentes, sacs de couchage et autres biens essentiels—ont été confisqués, contraignant
les personnes exilées à survivre à nouveau dans des conditions encore plus dégradantes.
Malgré la condamnation de l’État, les droits humains continuent d’être bafoués:
manque de nourriture suffisante, manque d’accès à l’eau potable, insuffisance des soins de
santé, et carence criante de dispositifs spécifiques pour les femmes, les enfants et les
victimes de la traite.
« Nous regrettons profondément cette décision et continuerons à nous battre pour des
voies de passage sûres pour toutes et tous, et à défaut, pour des conditions de vie dignes et
humaines pour les personnes exilées », a déclaré Céleste, coordinateur·rice Utopia 56.
Les associations rappellent que les droits humains sont universels et inaliénables, et
qu’il incombe à l’État français de les garantir et de les protéger, sans
exception.
Contacts presse:
● Médecins du Monde : Diane Leon +33 6 50 37 77 03
● Refugee Women’s Centre Louise Borel +33 7 62 50 74 16
● Salam : Claire Millot +33 6 34 62 68 71
● Human Rights Observers admin@humanrightsobservers.org, +33 7 49 76 76 11
● Utopia 56 Félicie Penneron +33 7 44 28 72 5
