VIOLENCES POLICIÈRES SUR LE LITTORAL
Depuis plusieurs années, la plupart des fois où un.e élu.e ou un.e responsable politique s’exprime à propos du littoral nord de la France, c’est pour demander ou annoncer de nouveaux moyens de sécurisation de la frontière : policier.e.s supplémentaires, caméras, drones, hélicoptères, etc. Déjà en 2023, Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, avait annoncé la construction d’un nouveau commissariat, d’un cantonnement de CRS à Calais [1] et d’un nouveau centre de rétention administrative à Loon-Plage. Puis, son successeur, Bruno Retailleau, a annoncé fin 2024 le déploiement de plus de forces de police [2]. Un colectif des maires du littoral du Nord-Pas-deCalais s’est formé et réclame, entre autres choses, la création d’une police des transports et une mesure d’éloignement du littoral [3]. Le Royaume-Uni, pour sa part, semble prêt à donner toujours plus d’argent [4]. Si la sécurisation toujours croissante du port de Calais et de l’Eurotunnel ont conduit à une baisse importante des tentatives de traversées de la frontière par camion, ele a conduit les personnes exilées à prendre plus de risques. Aussi, le gouvernement britannique a augmenté l’amende à laque le s’exposent les chauffeur.euse.s routier.ère.s ainsi que les entreprises dans le cas où une personne serait dissimulée dans le chargement [5]. Dans ce cadre, les personnes exilées tentent d’accéder aux camions de plus en plus loin des côtes du nord de la France, enfermées plus remorqués [6]. longtemps dans des En parallèle, le nombre de traversées par la mer explose depuis 2021. Là aussi, de plus en plus de moyens financiers, humains et matériels sont déployés pour tenter d’empêcher les traversées. Ceux-ci ont pour seul effet de pousser les personnes exilées à tenter des traversées plus au sud. Cela a pour conséquence de passer plus de temps en mer avant d’atteindre les eaux anglaises [7]. L’inefficacité des politiques répressives à la frontière est d’autant plus flagrante que 36 816 personnes sont arrivées au Royaume-Uni en passant par la Manche soit 25% de plus qu’en 2023 [8]. Surtout, la sécurisation du littoral permet de légitimer le déploiement d’un arsenal répressif qui violente et met en danger des personnes que les politiques migratoires empêchent de circuler de façon sûre et légale.
REPRESSION SUR LES PLAGES
En 2024, HRO a rencontré plusieurs personnes exilées qui ont témoigné d’actes de violences de la part des forces de l’ordre à leur encontre, s’étant parfois déroulées sur les plages au moment de tentatives de départ ou non loin de celes-ci.
Lacération des bateaux pneumatiques
Plusieurs personnes ont rapporté la lacération, par les forces de l’ordre, d’embarcations pneumatiques sur la plage non loin de l’eau, pour empêcher les départs. Fin mars, par exemple, HRO a reçu une vidéo [9] montrant des personnes qui courent, vraisemblablement paniquées, alors qu’on entend une détonation. On y voit ensuite deux gendarmes planter violemment au moins quatre coups de lame pour percer une embarcation pneumatique posée sur le sable. En juilet, une personne a même témoigné d’une lacération alors que l’embarcation était déjà à l’eau. Ele a expliqué que, alors qu’ele tentait la traversée dans un groupe d’environ 65 personnes, dont au moins six enfants d’entre 8 et 17 ans, les forces de l’ordre seraient entrées dans l’eau, jusqu’à environ un mètre de profondeur, et aurait percé le bateau alors que dix personnes se trouvaient toujours dessus. Pourtant, dans une directive à diffusion restreinte du 10 novembre 2022, le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, Marc Véran, rappelait que « le cadre de l’action des moyens agissant en mer (…) y compris dans la bande littorale des 300 mètres (…) est celui de la recherche et du sauvetage en mer » et « ne permet pas de mener des actions coercitives de lutte contre l’immigration clandestine » [10]. La directive du 10 mars 2023 précise que l‘interception des taxi boats est possible jusqu‘à 200 mètres des côtes, de jour, avant que des personnes n‘y embarquent ou si moins de trois personnes sont à bord [11].
Utilisation de gaz lacrymogène
De très nombreuses personnes relatent avoir été visées par des tirs de gaz lacrymogène lors de tentatives de départ par la mer, tant pour empêcher la mise à l’eau de l’embarcation ou l’embarquement des personnes à bord que pour disperser les personnes lors de la tentative ou après la mise en échec de celle-ci par les forces de l’ordre. Plusieurs personnes ont mentionné l’usage de gaz lacrymogène en présence de familles et d’enfants. En août, par exemple, un groupe de personnes a raconté qu’après avoir lacéré leur embarcation, les forces de l’ordre ont tiré des palets de gaz lacrymogène vers elles. Dans les vidéos communiquées par le groupe, on y entend des détonations, puis un nuage de gaz fonce dans la nuit sur les personnes regroupées sur le quai bordant la plage, qui se mettent à courir en criant. Elles relatent que deux personnes ont été blessées. Sur les plages, les promeneur.euse.s peuvent constater le grand nombre de palets de lacrymogène gisant sur le sable après les nuits où les conditions météorologiques étaient favorables à des tentatives de traversées.
Violences physiques
Plusieurs personnes ont fait état de l’utilisation d’armes par les forces de l’ordre, notamment de matraques et de Lanceurs de Balles de Défenses (LBD). HRO a rencontré plusieurs personnes blessées, parfois grièvement, à la suite d’interventions policières sur les plages. Par exemple, en août, HRO a reçu une vidéo montrant une personne accroupie face au sol, le visage ensanglanté, tandis qu’au moins six gendarmes se tiennent autour d’une embarcation dégonflée. Les forces de l’ordre auraient également fait usage de gaz lacrymogène. Ces violences policières sont souvent combinées et accompagnées d’intimidations et de fréquentes arrestations. Une vidéo datant du 15 décembre 2023 [12] est particulièrement illustrative. Elle montre des gendarmes équipés de casques et de boucliers, matraques à la main, hurler et pulvériser à bout portant du gaz lacrymogène au visage d’un groupe de personnes au bord de l’eau sur la plage de Calais, dont certaines portant un gilet de sauvetage. Le groupe de personnes exilées court, vraisemblablement en panique, encerclé par un buggy qui fait des ronds autour d’elles dans le sable et depuis lequel les forces de l’ordre jettent quelque chose. La personne qui témoigne à HRO explique que les forces de l’ordre ont menacé le groupe, dans lequel se trouvaient deux femmes et un enfant, de lacérer l’embarcation si les personnes y montaient, avant de bel et bien crever le bateau. Elle raconte que deux de ses amis ont été frappés à la matraque, et que 20 personnes ont été arrêtées et trois maintenues en détention.
Contrairement à la rhétorique humanitaire affichée par le ministère de l’Intérieur et défendue par les forces de police et de gendarmerie, la surveillance policière sur le littoral et les violences multiples ne sont pas un moyen de « sauver des vies » [13]. Au contraire, elles exposent les personnes exilées à plus de danger. Elles les encouragent à tenter la traversée plus au sud du littoral, pour tenter de déjouer la surveillance, où la distance à parcourir une fois en mer est plus grande. En 2024, l’association Utopia 56 a reçu 11 appels de détresse en mer entre Dieppe et Berck. Elles provoquent des départs précipités, qui en 2024, ont causé la mort d’au moins dix personnes dont plusieurs enfants par asphyxie ou par écrasement au moment d’embarquer sur le bateau [14]. Utopia 56, qui apporte une réponse d’urgence aux personnes qui ont tenté de traverser par le biais de « maraudes littoral », est souvent la première à rencontrer les personnes. Celles-ci sont presque systématiquement abandonnées mouillées, sans solution de mise à l’abri après des évènements parfois traumatisants et forcées de rejoindre les lieux de vie à des dizaines de kilomètres seules, à pied ou au mieux, en attendant le premier bus – quand les forces de l’ordre ne les empêchent pas d’y monter. L’association a reçu, en 2024, 428 appels ou messages de détresse en mer, ce qui représente plus de 15 364 personnes. Elle a effectué 38 saisines du pôle déontologie et sécurité du DDD [15] et 22 à l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) ou à l’Inspection Générale de la Gendarmerie Nationale (IGGN) pour des violences commises par les forces de l’ordre lors de tentatives de traversées.
Une frontière de plus en plus meurtrière
En 2024, au moins 89 personnes exilées sont décédées à la frontière franco-britannique. Un chiffre record depuis les premiers recensements dans les années 1990. Cette augmentation des décès s’inscrit dans un contexte de politiques migratoires répressives, d’un renforcement des contrôles aux frontières et de l’absence de voies de passages sécurisées.
Une traversée toujours plus risquée
La sécurisation des ports et de l’Eurotunnel a favorisé l’essor des traversées par la mer. La traversée maritime peut durer entre six à dix heures [16] et est particulièrement dangereuse du fait de la météo changeante, du froid, de la puissance des courants [17] et du trafic maritime dans ce qui est l’une des zones les plus fréquentées du monde. S’ajoutent à ces dangers les pratiques policières décrites dans le présent article, qui poussent les personnes exilées à partir dans la précipitation et provoquent des mouvements de panique autour des bateaux, voire dans l’eau, au sein des groupes qui tentent d’embarquer. Les embarcations utilisées sont généralement surchargées, avec en moyenne 50 personnes à bord. Les enfants, placés au centre des bateaux pour les protéger, se retrouvent fréquemment écrasés ou asphyxiés en cas de mouvements brusques [18]. De plus, HRO note que des gilets de sauvetage sont régulièrement saisis lors des expulsions, illustrant une fois de plus la mise en danger volontaire orchestrée par l’État. Sur les 89 personnes décédées, 78 sont mortes en mer et une partie d’entre elles au moment du départ des bateaux.
Une mortalité sous-estimée et déshumanisée
Ces mort.e.s ne sont que la partie visible d’un drame plus large. Les données disponibles ne prennent en compte que les corps retrouvés : les chiffres sont donc bien en-deçà de la réalité. Ces données ne proviennent d’ailleurs pas de sources officielles mais sont le fruit d’un travail mené par des journalistes, collectifs, associations, militant.e.s. Ceux.celles-ci estiment la moyenne d’âge des personnes décédées à 25 ans [19]. Le décompte annuel montre une nette aggravation du phénomène : en 2023, 27 personnes avaient perdu la vie à la frontière. Ce chiffre déjà trop élevé a plus que triplé en 2024. Derrière ces chiffres se cachent des trajectoires individuelles et des histoires personnelles souvent ignorées. Pour Bruno Retailleau, les décès en mer sont les « conséquences néfastes » de l’« efficacité » des forces de l’ordre [20]. Cette déclaration révèle une logique de dissuasion brutale qui sacrifie la sécurité humaine au profit du contrôle territorial et une déconsidération, raciste, des vies des personnes exilées.
fin de contrer cette déshumanisation, des initiatives citoyennes émergent. Elles visent à identifier les personnes disparues, en publiant leur nom, leur photo, et les circonstances de leur décès. Un mémorial en ligne a ainsi été créé pour rendre hommage à ces personnes.
Un silence institutionnel
Face à l’indifférence des autorités, la solidarité s’organise pour accompagner les familles endeuillées et honorer la mémoire des personnes décédées. Un groupe de soutien aide à l’identification des corps, à retrouver et faire le lien avec les proches, accompagner les proches dans les démarches afin d’assurer des rites funéraires respectueux des convictions religieuses des défunt.e.s, et aider à financer les enterrements sur le littoral lorsque les familles n’ont pas les moyens de payer les funérailles.
Ce travail permet aussi de donner un visage aux statistiques et parfois même, face au refus des autorités d’assumer leur responsabilité, d’informer les familles du décès de leurs proches.
RÉPRESSION DANS LES GARES DU LITTORAL
Les gares sont des lieux où la présence des forces de police est fréquente depuis des années. À la gare de Calais Ville, par exemple, la police est présente presqu’en permanence, avec un camion de CRS en surveilance sur le parvis. Cette présence quotidienne et massive a un effet dissuasif certain sur l’accès aux transports pour les personnes exilées. En plus de cette présence, qui constitue une violence symbolique et expose les personnes exilées à des violences policières potentielles à l’abri des regards, HRO rapportait en 2023 avoir été témoin de plusieurs interventions policières d’ampleur à la gare de Calais-Ville avec des contrôles discriminatoires, des fouilles et de nombreuses arrestations [21]. À partir du printemps 2024, ce type d’intervention est devenu routinier dans les gares ferroviaires de Calais-Ville, des Fontinettes et à la gare routière de Calais. L’équipe HRO a été témoin de 28 opérations violentes.
Contrôles discriminatoires, fouilles et arrestations
HRO a recensé au moins 11 opérations de contrôle d’identité et/ou de régularité du séjour en gare ferroviaire ou routière, ainsi que des fouiles au corps et/ou de sacs à au moins huit reprises. HRO témoigne de l’ampleur de ces opérations, au cours desquelles au moins 44 arrestations ont été comptabilisées. Plusieurs fois, ces contrôles, foui les et arrestations ont visé exclusivement des personnes racialisées [22] suspectées par les forces de l’ordre d’être des personnes exilées. Le 31 juillet, par exemple, seules les personnes exilées et les membres d’une association ont été contrôlés à la gare routière de Calais, alors que d’autres personnes se trouvaient au niveau des arrêts de bus. Huit personnes exilées ont été arrêtées par la Police Aux Frontières (PAF). D’autres fois, les observateur.ice.s ont eu l’impression que, du fait de leur présence et de la prise d’images, les forces de l’ordre ont généralisé leurs contrôles à l’ensemble des personnes descendant d’un train, par exemple. À plusieurs reprises, les personnes ont été triées ou regroupées au faciès.
Le 20 mars, par exemple, un groupe d’une quarantaine de personnes asiatiques est entré dans la gare de Calais-Ville. Les personnes ont été alignées par des CRS le long des vitres dans le hall de la gare pour être contrôlées. Un jeune homme ayant bougé de quelques pas et demandé « why ? » a été palpé et fouillé. Au bout d’une quinzaine de minutes, les CRS ont autorisé les personnes à repartir, lesquelles ont finalement quitté la gare sans tenter de monter dans un train.
Le 11 décembre, les forces de l’ordre ont trié les passagers descendant d’un train en provenance de Boulogne-sur-Mer au faciès : les personnes racialisées ont été envoyées d’un côté de la gare, le reste des passager.e.s de l’autre.
Entraves à l’accès aux transports en commun
La présence des forces de l’ordre en gare ou aux abords des arrêts de bus et les opérations de contrôle ont d’abord un aspect dissuasif, difficile à quantifier : prendre un bus ou un train, c’est s’exposer à des contrôles, intimidations, violences et arrestations potentielles.
S’ajoutent à cela des obstacles physiques à l’accès aux transports. HRO l’a noté au moins cinq jours dans l’année : empêchement de monter dans des trains, sortie des wagons par la force, ballotage entre les gares et arrêts de bus, fermeture de la gare ou bus ne marquant plus les arrêts. Agathe Cury, sous-préfète de Calais, parle de « contrôle d’un nouveau type » [23]. Le 23 avril en fin d’après-midi, par exemple, un groupe d’une soixantaine de personnes exilées tentant de rejoindre les plages du Dunkerquois ont été sorties d’un train à la gare des Fontinettes, puis d’un train en gare de Calais-Ville. Pour cela, les agents de police et de Sûreté Ferroviaire sont montés à bord du train, ont fait sortir les personnes perçues comme blanches, puis ont effrayé les agressif__ personnes exilées avec un chien agressif, leur ont hurlé de descendre, bombonne de gaz lacrymogène à la main. Deux personnes ont rapporté avoir reçu des coups. Les forces de l’ordre ont bousculé les personnes exilées [24]. Les personnes exilées se dirigent alors vers la gare routière et attendent un bus affiché qui ne viendra jamais, tandis que des véhicules de police font des rondes autour des arrêts de bus. Le groupe se rend alors à nouveau dans la gare pour tenter de monter dans un train. Des agents de police surarmés et le chien créent des mouvements de foule, de la confusion, des cris et des pleurs des enfants, et repoussent à nouveau le groupe hors du quai, puis hors de la gare, qui sera ensuite à nouveau fermée. Les personnes, dont des familles, sont restées dehors, dans la nuit, sans solution et quatre d’entre elles sont arrêtées.
L’équipe HRO a également été témoin du comportement discriminatoire d’un agent de la SNCF. Le 29 avril, à la gare des Fontinettes où il n’y a ni guichet, ni automate, ce dernier a d’abord assuré aux observatrices que les billets pourraient être payés à bord. Puis, lorsqu’elles ont précisé qu’il ne s’agissait pas de billets pour elles mais pour les personnes exilées qui viennent de monter dans le train et ne peuvent pas payer via le site internet, il a changé de discours, affirmant que ce n’était pas possible et qu’une fois les renforts arrivés, ces personnes devraient descendre.
Violences physiques et intimidations
Les gares sont des lieux de violences policières fréquentes, comme l’évoquent les exemples précédents : gazage, coups, déplacement des personnes par la force, menaces de violences ou de lâcher le chien. Dans le chaos, les personnes sont mises inutilement en danger aux abords des rails ou des routes et certaines se retrouvent parfois en détresse, comme le 24 avril, lorsque les secours ont été appelés pour une femme qui semblait faire une sévère crise de panique. Les personnes exilées y sont aussi souvent exposées à des violences verbales et intimidations. Lors de l’épisode de violences du 23 avril relaté précédemment, les forces de l’ordre ont par exemple échangé plusieurs moqueries, comme rire de personnes leur demandant comment acheter un billet de train car le guichet était fermé, blaguer sur le fait que « ce train, c’est le Titanic » ou encore faire la « ola » aux personnes exilées forcées de sortir de la gare.
Ce genre de pratiques a également été observé ailleurs sur le littoral, comme à Wimereux. Témoignage du collectif Alors On Aide, créé en août 2024 afin de soutenir les personnes dans des campements temporaires sur Wimereux et Equihen :
“En septembre, de nombreux faits de violences physiques nous ont été relatés par des personnes ayant tenté le passage vers l’Angleterre. Un jeune homme syrien nous a raconté des coups portés et le maintien au sol sur la plage sur des personnes en exil par des membres des forces de l’ordre.
Depuis février 2025 et le retour des fenêtres de passages, nous avons pu entendre de nombreuses personnes parler d’interventions dans l’eau des forces de l’ordre crevant les bateaux avec un couteau.
Fin mars, il nous a été donné d’entendre un cas de pushback de bateau par les forces de l’ordre, puis crevaison de celui-ci. De plus nous constatons que la sécurité civile n’est pas systématiquement appelée lors d’un naufrage, et que très souvent les personnes, y compris enfants et femmes, attendent de longues heures sans être recouvertes de couverture de survie, ni changées.
Début avril, lors d’une tentative de traversée en plein jour, les forces de l’ordre ont créé un périmètre de sécurité sur la plage afin que les citoyen.ne.s ou membres d’association ne puissent pas intervenir. À l’inverse, les forces de l’ordre demandent à une bénévole d’aller dans l’eau pour dissuader les personnes d’embarquer.
Dans les gares, les forces de l’ordre empêchent les personnes naufragées de quitter la gare et la police ferroviaire empêche les naufragés de rentrer dans les trains, ce qui entraine une incompréhension, des tensions, générant un contexte de violence.”
S’il est difficile d’établir une causalité, la juxtaposition des données de HRO et des données publiées par le Home Office [25] montre que la plupart des faits recensés par HRO se corrèlent avec un nombre important d’arrivées par la mer au Royaume-Uni quelques jours en amont ou en aval de l’opération de police en gare :
HRO a remarqué une augmentation de la fréquence de ces opérations, auparavant peu remarquées, à partir de mars. Ce mois-là, au moins 3 429 personnes sont arrivées au Royaume-Uni par la mer, soit plus de 3 fois plus que le nombre de personnes arrivées par mois au début de l’année.
Par exemple, HRO et d’autres associations ont observé des contrôles, fouilles, empêchement des personnes de monter dans un train en direction de Boulogne-Sur-Mer, lieu de nombreuses tentatives de départ, les 6, 12, 13, 15 et 17 septembre, 10 jours au cours desquels au moins 2 481 personnes ont rejoint le Royaume-Uni par la mer.
12 des 28 opérations recensées par HRO ont eu lieu l’après-midi à partir d’environ 15 heures et le soir, heures à partir desquelles il est fréquent de voir des personnes exilées se préparer à rejoindre le littoral pour tenter la traversée.
Dans plusieurs cas, les forces de l’ordre ont ouvertement ciblé des personnes portant des signes de traversée potentielle : gilets de sauvetage, affaires emballées dans des sacs plastiques, par exemple.
Les autorités assument vouloir empêcher les personnes exilées de rejoindre les plages, comme l’a expliqué la sous-préfète de Calais Agathe Cury en avril [26]. Comme le montre l’invitation, par la préfecture, de la presse sur les quais de la gare des Fontinettes le 29 avril, ces interventions policières sont un moyen supplémentaire de théâtralisation du maintien de l’ordre et du contrôle de la frontière.
Enfin, les bus et trains particulièrement surveillés par les forces de l’ordre sont ceux qui mènent à des destinations connues pour la traversée, comme le Dunkerquois ou le Boulonnais. Les forces de l’ordre visent aussi parfois les transports acheminant les personnes n’ayant pas réussi à traverser vers les lieux de vie informels [27].
[1] Radio 6, Calais sera doté d’un nouveau commissariat, d’un cantonnement de CRS et de renforts d’officiers de police judiciaire, 18 déc. 2023.
[2] Radio 6, Migrants : Le ministre de l’Intérieur Bruno Retai leau prend une série de mesures et invite son homologue britannique le 9 décembre à Calais, 29 nov. 2024.
[3] France Bleu, Crise migratoire : le co lectif des maires du littoral adresse 9 propositions au gouvernement, 20 nov. 2024.
[4] Info Migrants, Traversées de la Manche : Paris annonce des effectifs de police supplémentaires et la construction du CRA de Dunkerque, 27 févr. 2025.
[5] France 3 Régions, “On a la triple peine” : pénalisés par les intrusions de migrants dans les camions, les transporteurs menacent de ne plus livrer en Angleterre, 18 déc. 2024.
[6] Info Migrants, France : 15 migrants retrouvés dans un camion à bestiaux en route vers l’Irlande du Nord, 7 juin 2024.
[7] France 3 Régions, 58 migrants découverts dans l’arrondissement de Dieppe en quelques heures, 27 août 2024.
[8] Info Migrants, Royaume-Uni : près de 37 000 Migrants ont traversé la manche en 2024, 2 janv. 2025.
[9] Publication du 28 mai 2024 sur le compte Instagram @humanrightsobs.
[10] Le Monde. Dans la Manche, les techniques agressives de la police pour empêcher les traversées de migrants. 23 mars 2024.
[11] Ibid.
[12] Publication du 11 mas 2024 sur le compte Instagram @humanrightsobs
[13] https://www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/gendinfo/terrain/immersion/2020/la-gendarmerie-face-a-l-immigration-clandestine-sur-le-littoral-nord[page consultée le 12 mai 2025].
[14] Calais Migrants Solidarity, Cette frontière tue [page consultée le 12 mai 2025].
[15] https://www.defenseurdesdroits.fr/controler-le-respect-de-la-deontologie-par-les-professionnels-de-la-securite-195 [consultée le 12 mai 2025].
[16] RFI. “Je n’ai pas peur de mourir”, pour traverser la Manche, les migrants prennent toujours plus de risques” 13 juill. 2024.
[17] France info. “Migrants à Calais: les autorités confrontées à la multiplication des “small boats” pour traverser la Manche” 2 sept 2021.
[18] Le Monde. “Manche: 54 migrants morts depuis le début de l’année les moyens des secours mis en oeuvre sont-ils adaptés?” 23 Oct. 2024.
[19] France 3 régions. Mortelle Frontière: récit de 26 ans de décès de migrants et 473 vies brisées sur le littoral de Pas-de-Calais. 21 nov. 2024.
[20] Amnesty International, Rapport annuel France 2024. 29 avr. 2026.
[21] Human Rights Observers, Rapport annuel 2023, pp. 52-53.
[22] « La notion de racialisation est utilisée par les chercheurs et chercheuses en sciences sociales pour mettre en lumière les logiques de production des hiérarchies raciales dans telle ou telle société donnée. Elle permet donc de rendre compte de la production de groupes soumis à l’assignation raciale, tout en examinant aussi les mécanismes qui amènent un groupe à tirer profit des logiques de racialisation » (MAZOUZ Sarah, « Race », 2020, p. 48).
[23] France 3 Régions, 30 avr. 2024. “Contrôle d’un nouveau type” ou “traque policière” ? Des migrants refoulés des trains lors d’une opération de police dans les gares de Calais, 30 avr. 2024.
[24] Publication du 26/04/2024 sur le compte Instagram @humanrightsobs et billet de blog Mediapart https://blogs.mediapart.fr/humanrightsobservers/blog/070524/traque-policiere-des-personnes-exilees-dans-les-gares-calais [page consultée le 12 mai 2025]. 3
[25] Gov.uk, Small boat activity in the English Channel, consulté le 12 mai 2025.
[26] France 3 Régions, “Contrôle d’un nouveau type” ou “traque policière” ? Des migrants refoulés des trains lors d’une opération de police dans les gares de Calais, 30 avr. 2024. [
[27] Nord Littoral, Après le drame de Wimereux, une association accuse la Police de violences envers les migrants, 26 avr. 2024.
