Témoignage rapporté le 3 août 2026 

Le plus grand lieu de vie de Calais, situé en face de l’hôpital, fait régulièrement l’objet d’expulsions menées par les forces de l’ordre. Au mois de juillet, HRO a documenté cinq expulsions durant lesquelles les policiers saisissent tentes, matériel et obligent les habitant.es à quitter le lieu, au cours d’opérations pouvant parfois durer plusieurs heures. Hospital, un lieu où vivent des personnes de tous âges, genre et situation.

Ibrahim (le nom a été changé), 21 ans, vit à Calais depuis 2 mois. En juillet, il a subi une expulsion par les forces de l’ordre. Il raconte ce qu’il a vécu et l’impact que cela a sur son quotidien.Témoignage recueilli en anglais, sans interprétariat, et traduit en français.

“La police est venue à Hospital il y a environ deux semaines et demie. A Hospital, il y a des personnes de tous âges, genre et situations. Ce matin-là, j’étais avec mes amis dans notre espace de vie. On était environ cinq. Un groupe de policiers est arrivé puis un second les a rejoints un peu plus tard. Au total, ils étaient environ 10 ou 12 et n’avons pas compris ce qu’il se passait, ni ce qu’ils disaient.

Ils ont commencé à prendre ce qu’on avait et à casser des choses. On a essayé de leur parler, de leur expliquer qu’on avait besoin de récupérer nos affaires, mais ils nous ont bousculés et ont emporté les tentes. Nous n’avons pas pu essayer de les arrêter : ce sont des policiers, ils risquent de devenir violents si on tente de faire quoi que ce soit.

Pendant 20 à 30 minutes, ils ont tout détruit sans nous expliquer pourquoi ils étaient là, ni ce qu’ils faisaient. C’est vraiment dur car à chaque fois, nous devons retrouver de nouvelles tentes et tout le reste.

On n’a nulle part où aller, on n’a pas de chez-nous, il ne nous reste plus rien. On a nulle part où aller dans la ville et la jungle est le seul endroit où on peut vivre.

Mais on vit toujours dans la peur. Tous les jours, on démonte nos tentes parce que les policiers peuvent venir à tout moment. Je me réveille très tôt le matin, dès que j’entends le moindre bruit. Aujourd’hui par exemple, je me suis réveillé vers 6 heures du matin, parce que j’ai entendu du bruit et j’ai cru que la police arrivait. Après ça, je n’ai pas pu me rendormir.

Ils ne sont pas venus cette semaine, on ne sait pas s’ils viendront la semaine prochaine : ils débarquent sans prévenir, emportent nos affaires, et nous, on doit recommencer à zéro. Alors on cache la tente, on retrouve un matelas…C’est pénible, c’est vraiment dur.

Au lieu d’aider les gens, ils choisissent de traumatiser des personnes déjà traumatisées. Beaucoup d’entre nous ont vécu des parcours difficiles en venant en Europe, mais personne ne s’en soucie.

Alors maintenant, ils veulent nous évacuer de cette « jungle », de l’endroit où nous vivons. Pensent-ils que nous adorons vivre là-bas, ou que ça nous plaît ? Il n’y a pas d’installations sanitaires, pas de toilettes : il n’y a rien. On vit dans une tente, il y a un peu d’eau, il fait froid. Personne ne vit dans ces conditions de son plein gré. Si on en amenait un policier, je pense qu’il ne tiendrait pas un seul jour.

Aucun autre endroit ne nous est proposé, on ne m’explique pas comment je suis censé partir de là. Au lieu de ça, ils veulent juste déplacer les gens. Mais où vont-ils vivre ?”

 

 

Testimony collected on August 3rd, 2026

The largest living site, located in front of the hospital, is regularly subject to evictions conducted by the police. In July, HRO documented five evictions during which policemen take tents, material and make inhabitants forced to leave the living site, during operations that can sometimes take up to multiple hours. Hospital, a place where people of all ages, genders and situations live.

Ibrahim (modified name), 21 yo, has been living in Calais for 2 months. In July, he underwent an eviction by the police. He recalls what he went through and how it affected his day-to-day life. Testimony collected in English, without a translator and then translated into French.

“Police came to Hospital about two and a half weeks ago. In Hospital, there are people of all ages, genders and situations. That morning, I was in our living space with my friends. It was about five of us. A group of policemen arrived and were then met by a second group a bit later. They were about 10 or 12 in total and we did not understand what was happening, nor what they were saying.

They began taking what we had and breaking things. We tried to talk to them, to explain that we needed to get our things back, but they pushed us and took the tents. We were not able to try and stop them : they are policemen and could become violent if we tried anything.

For 20 to 30 minutes, they destroyed everything without explaining why they were there, or what they were doing. It’s really painful because each time, we have to find tents and everything else again.

We have nowhere to go, no home, we have nothing left. We are not allowed anywhere else in the city, so the jungle is the only place where we can live.

But we are always living in fear. Every day, we take down our tents because the police may come at any moment. I wake up really early every day, as soon as I hear any noise. Today, for example, I woke up around 6 AM, because I heard a sound and thought that the police were coming. After that, I couldn’t go back to sleep.

This week they didn’t come, we don’t know if they will come next week : they come with no warning, take our stuff, and we have to start from the bottom up again. So we hide the tent, find another mattress… It’s painful, it’s really tough.

Instead of helping people, they choose to traumatise already traumatised people. A lot of us here have been through really difficult journeys to come to Europe, but no one cares about it.

So now, they want to evacuate us of this “jungle”, of the place that we live in. Do they think that we love it here, or that we enjoy it ? There are no sanitary units, no toilets : nothing. We live in a tent, there’s water, and it’s very cold. Nobody would willingly live in those conditions. If we brought a cop here, I don’t think he would even last a day.

No other place is offered to us, nobody is providing us with a solution to get out of here. Instead, they just want to move people. But where will they live ?”